Tout a commencé en 1990 alors que j’eus l’idée de conserver une bouteille de bière que j’ai exposée sur le dessus de mon étagère dans ma chambre alors que j’avais 16 ans et vivais chez mes parents. Pas la peine de me demander qu’elle était cette bouteille, je ne m’en souviens plus! En fait je trouvais que mon père avait une bonne idée d’exposer ses bouteilles de vin sur les vieilles poutres de bois au chalet qu’il a construit de ses mains. Jamais j’aurais cru à cette époque que cela constituerait le début de ma passion pour la bière !
L’effet bière fit rapidement boule de neige. Il y avait encore de la place sur mon étagère pour une deuxième bouteille, une troisième, une quatrième et encore une autre, puis une autre et tralala …
Oups! Et voilà un sous-verre et encore un autre, une vieille publicité, un cabaret de service, un panneau émaillé, un verre de brasserie, un décapsuleur, une poignée de fût, un vieux baril en chêne, une caisse de bois et plus encore …
Stéphanie un peu découragée me disant, « Tu en as déjà un baril! », et moi de lui répondre « Oui mais un baril Dow c’est pas pareil qu’un baril Boswell! » Cet énoncé se répétât pour tous les items de bières que je ramassais. Pour en arriver maintenant à une collection de plus 26 000 items tous différents. Assez maniaque le gars qui conserve même un papier de fromage affiné à la Chimay que je prends soin de bien laver. Imaginez quelqu’un qui collectionne tous les items d’une même brasserie mais moi, c’est de même pour toutes les brasseries… Je collectionne tous les items de bières mais je recherche plus particulièrement les articles anciens de brasseries défuntes du Québec.
Petit truc pour celui ou celle qui commence une collection d’items de bières et qui vit en couple : au début, il faut y aller tranquillement. Je m’explique, tu commences par une bouteille sur une étagère, tu en ajoutes 1 ou 2 par semaine, quand l’étagère est pleine, il y a toujours une deuxième étagère et quand celle-ci est également pleine, il y a toujours le dessus du frigo. Il ne faut pas que ça paraisse trop vite, il faut y aller graduellement … Et quand il y en aura tout partout, à ce moment tu pourras te lâcher lousse parce que de toute façon, une de plus ou une de moins ça ne paraîtra plus!
Mon intérêt pour la bière grandissant, je me mis à lire quelques bouquins sur la bière et toutes informations pouvant m’en apprendre davantage sur ce fabuleux monde. Cela piqua ma curiosité face à l’histoire brassicole depuis sa naissance sur la Terre et par ricochet au brassage de la bière.
C’est en 1996 que Stéphanie m’offrit un kit de départ pour brasseur maison avec une canne d’extrait de malt. Ce type de brassage était peu intéressant, après 5 expériences de brassage à l’extrait, je commence à me renseigner sur le brassage tout grain. Étant dans un petit 41/2 sur le Plateau à Montréal, j’opte pour l’option de me procurer la Cadillac du brasseur maison. Un système de brassage de 70 litres des Spécialistes T.L. (le 2e prototype) payé avec mes prêts étudiants. Je le branchais sur le 240V de la prise de ma cuisinière et maintenant je pouvais vraiment avoir du fun à brasser tout grain avec le Brasse-Camarade en acier inoxydable avec 2 fermenteurs cylindro-coniques, pompe, tous les accessoires et le fourquet en chêne que je me suis fabriqué.
Wow!!! Pouvoir transformer une céréale sèche en bière! Et la cerise sur le « sundae », je suis même en mesure de décider de la couleur, de l’épaisseur de la mousse, de l’effervescence, du pourcentage d’alcool, de l’amertume, des arômes en bouche et au nez, de même que l’intensité, de l’ordre d’apparition, du chevauchement, de la durée de ces arômes et de la sensation qu’elle procure ! Coudons, y a-t-il un produit plus mystique, complexe, surprenant et fabuleux que la bière? Ben oui, « la femme » ! En fait, la bière est plus ancienne que le vin et est aussi la boisson alcoolisée la plus consommée dans le monde.
Imaginez aussi le bain de notre appartement rempli de bouteilles vides pour l’embouteillage jusqu’au jour que je décide de me fabriquer un système de fût maison avec un vieux frigo et trois pompes de services dans la porte. Pas besoin de vous dire que mes amis n’amenaient plus de bières chez-nous!
Dans mes vacances avec mon amoureuse et à son grand désespoir, on arrête dans tous les dépanneurs, épiceries et microbrasseries afin de récolter toutes les bouteilles et items de bières que je ne possédais pas. C’est lors de nos voyages en Europe que je visite le plus de brasseries et de musées de la bière, entremêlés de visites de châteaux pour le bonheur de notre couple. Je perfectionne mon palais et je découvre différents styles de bières. Bref, avec ma collection, j’en ai goûté une puis une autre!
Ayant un baccalauréat en sexologie, c’est d’ailleurs en 1993 à l’université que je rencontre ma future épouse Stéphanie, pas fou le gars, il y en avait 10 pour 170 filles ! Après avoir travaillé quelques années dans ce domaine, ma passion pour la bière prend trop place, dans tous les sens du terme, je décide d’en faire mon métier.
Ayant suivi plusieurs cours sur la dégustation de la bière et sur les procédés de brassage, je travaille par la suite comme brasseur en chef en 2001 dans une brasserie plutôt industrielle qu’est la Brasserie Vieux Montréal. Mais ne pouvant être explorateur côté recettes, je me dirige ensuite comme brasseur en chef en 2002 dans une brasserie artisanale de St-Hyacinthe ou le propriétaire a pris bien soin de m’exploiter ! Ce qui devance un peu mes projets de démarrer ma propre brasserie artisanale et d’exposer ma collection. Je suis donc plusieurs cours en entreprenariat et en démarrage d’entreprise.
C’est à Chambly que s’arrête mon choix d’y établir ma brasserie artisanale et mon musée. Les rénovations afin d’installer la brasserie et le musée ont été effectuées avec énormément d’aide de la famille, de la belle-famille et de plusieurs amis. Deux ans de travail à temps plein ont été nécessaires pour élaborer le projet pour enfin faire couler la toute première bière au public le 10 avril 2005.
Ma femme se disant « Enfin, fini les labyrinthes et les montagnes de boîtes dans la maison, la collection va toute déménager au Pub! », mais elle dû se résigner parce qu’avec les années, le musée ne cesse de grossir et j’ai bien peur que ça n’aura jamais de fin… Mais heureusement, j’ai réussi à lui transmettre un peu de ma passion et mon amour pour la bière en « l’obligeant » à boire une gorgée pour goûter les bières que j’achetais et une 2e gorgée pour habituer ses papilles et une 3e pour apprécier la bière.
J’ai visité plusieurs Pubs anglais et j’aimais beaucoup l’atmosphère de ces Pubs. Un lieu de rencontres sociales, de discussions, de bonnes bières pas trop froides, une ambiance sympathique, une musique pas trop forte et surtout un lieu très hétéroclite dans la diversité des personnes qui les fréquentent et ce, à tous jours et à toutes heures. C’est ce que j’ai voulu recréer dans ma brasserie artisanale.
D’où vient le nom « Bedondaine & Bedons Ronds » ? « Bedondaine » est un surnom qui provient du temps où je brassais à la maison et qui m’est resté collé. « Bedons Ronds » fait référence à la bedaine de Stéphanie qui était enceinte de notre troisième petite fille lors de l’élaboration du projet. Et également aux petits bedons ronds de mes filles, Marilou, Camille et Myriam. « Ronds » signifie aussi le fait d’être rond, c’est-à-dire d’être un peu pompette et joyeux. « Bedons Ronds » fait aussi référence à tous nos visiteurs.
Je vous partage aussi ma vision du brassage dans une brasserie artisanale. La toute première chose, comme en amour, c’est qu’il faut être des plus passionné. Personnellement, je brasse avec amour et passion. Je ne fais jamais de test, je me laisse guider par mon « feeling », mes intuitions, je choisi mes styles de bières en fonction de ce que j’ai envie de déguster et je le partage et le fait découvrir à tous nos visiteurs. Je ne brasse pas de bière pour le grand public mais plutôt des vraies bières au sens que je l’entends. Je ne fais aucune filtration de mes bières, je n’ajoute jamais de sucre, de sirop, d’agent accélérant ou autres et je n’utilise jamais d’arôme artificiel. Je me permets également de donner de longues maturations de plusieurs années à certaines de mes bières. Je me laisse aussi influencer par les différents ingrédients disponibles au fil des saisons. J’utilise les épices et les fruits les plus frais et les moins transformés.
C’est beaucoup plus long et beaucoup plus d’ouvrage mais je crois que la différence est notable. Je brasse avec un fourquet de chêne de tous petits brassins de 300 litres. C’est petit mais cela me permet de concocter certaines bières que je ne pourrais pas faire à plus gros volume. J’aime avoir le visage dans la poussière de malt et respirer les vapeurs d’ébullition à grand souffle. J’aime voir la matière, la sentir, la goûter, la manipuler et même l’entendre. Il faut aussi être extrêmement minutieux dans son travail afin d’offrir une constance de la qualité de ses bières. Et la beauté de la chose, c’est que ces types de bières poursuivent une maturation en chambre froide puisque ce sont des bières « vivantes ». Losrqu’une de mes bières n’est pas prête ou trop jeune, et bien c’est simple, elle n’est pas mise en service et elle poursuit sa maturation jusqu’à ce que je la trouve à point. Petite confidence: je ne bois jamais de bière, je fais que des contrôles de qualité !
Notre bière phare est «L’Ensorceleuse», une bière de couleur rubis titrant 7% d’alcool, avec du miel de fleurs sauvages, des graines de coriandre et de l’écorce d’orange. Elle fut brassée pour la première fois en 1998 pour notre mariage. De plus, à chaque mois il est possible de découvrir de nouvelles recettes ou de redécouvrir certaines bières saisonnières. Nous avons 12 pompes en service offrant toute une gamme de styles, de couleurs, d’arômes et de pourcentages d’alcool.
Je considère que le brassage est un art et je trouve magnifique le fait que la seule façon de découvrir mes bières est sur son lieu de production. Elles sont uniques et exclusives et rien de mieux qu’une bière en fût sortie directement de la salle brassage et l’ambiance du Pub qui vient avec.
J’essaie aussi de transmettre ma passion à mon équipe de travail en leur offrant le privilège de brasser une bière avec moi avec la série de bières apprentis-brasseurs de nos serveurs et serveuses.
Pour tous ceux et celles qui désirent en apprendre davantage, je vous invite à venir nous rencontrer au Pub. Il vous est aussi possible de tout observer pendant mes journées de brassage puisque la salle de brassage est construite en fonction de pouvoir voir, sentir et jaser avec le brasseur-artisan à l’oeuvre tout en dégustant une bonne bière et de visiter notre musée.
Avant de vous débarrasser de vos objets reliés au monde de la bière, pensez à les offrir au musée de « Bedondaine & Bedons Ronds ». Ils serviront la brave mission de conserver toute la richesse du patrimoine brassicole.
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